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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 15:58

 

N

ous le savons, bien sûr, le carême est un temps de pénitence, un temps de repentir, un temps d’expiation de nos péchés. La pénitence est là pour nous aider à opérer un retour vers Dieu, cette nécessaire conversion, à laquelle nous cherchons trop souvent à échapper, ou que nous voudrions remettre à demain, à après-demain, et pour certains à l’heure ultime de leur mort (qu’ils imaginent dans ce cas paisible, dans leur lit, en pleine possession de leurs facultés, et curieusement sans douter de la sincérité de leur repentir, condition sine qua non du pardon divin).

Pourquoi tant de fidèles se reprochent-ils, en voyant approcher les fêtes de Pâques, de n’avoir rien fait, ou presque, pour profiter des richesses de ce saint temps ? Le carême devra-t-il se contenter de n’être qu’un mot sans consistance, dont on se souvient tout juste le mercredi des Cendres et le Vendredi Saint ? A Dieu ne plaise ! Il ne s’agit pas d’imposer des contraintes déraisonnables que l’Eglise n’impose pas, mais de rentrer véritablement dans l’esprit de ce temps, sans refuser la part de générosité, d’efforts, et de persévérance qui nous est demandée.

Les trois piliers du carême sont toujours les mêmes : prière, jeûne et aumône. Le Pape Benoît XVI, dans son message pour le carême 2008 insistait spécialement sur la valeur de l’aumône, comme moyen privilégié pour vivre le détachement chrétien des biens de ce monde et compatir aux besoins des plus nécessiteux. Nous savons combien le matérialisme ambiant peut obscurcir l’œil de notre conscience, et nous pousser à donner plus d’importance aux choses de la terre (surtout les nôtres) qu’à celles du ciel. « Cherchez d’abord le royaume de ce monde, et vous verrez après pour le reste » semble nous dire la voix dominante des médias et des puissants de la terre.

Celui que nous avons fêté le 2 février comme “Lumière des nations” nous dit tout au contraire : « Cherchez d’abord le Royaume des Cieux, et tout les reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33). Voyons quelle est notre lumière, celle qui guide nos pas, qui éclaire notre intelligence, qui nous aide à discerner le bon grain de l’ivraie. Que penserait-on de ceux qui reprocheraient au soleil de découvrir à leurs yeux les fausses pistes et les précipices ?

Reconnaissons qu’il n’est pas toujours facile à notre nature, blessée par le péché originel, de reconnaître ce qui la rend vraiment libre. Là encore, le Seigneur nous a éclairé : «  La vérité vous rendra libres » (Jn 8,32). Nous ne savons que trop nous opposer aux appels et aux avertissements du Seigneur !

Ecoutons le Bienheureux Columbia MARMION: « En toute âme, trois esprits tendent à la maîtrise. L'esprit de fausseté et de blasphème qui, depuis le commence-ment, suggère toujours le contraire de ce que Dieu souffle à l'oreille. «Si vous mangez de ce fruit, vous mourrez certainement » (Gn 2,17), voilà la parole de Dieu. « Vous ne mourrez pas, d'aucune façon » (Gn 3,4), fut la réponse de Satan. Et toutes ses suggestions ne sont que l'écho de ce premier mensonge. Il y a l'esprit de ce monde, qui nous incline à juger des choses selon les maximes des sens et de la prudence charnelle. « La prudence de ce monde est folie auprès de Dieu » (1 Co 3,19). Il y a l'Esprit de Dieu, nous inspirant toujours d'élever nos cœurs au-dessus de la nature : Sursum corda, de « vivre de la foi » : « Mon juste vit de la foi » (Heb 10,38). Cet Esprit nous incline sans cesse vers une foi simplement aimante, et l'abandon de soi entre les mains de Dieu. Il nous remplit « de paix et de joie dans la croyance », et produit les fruits dont parle saint Paul (cf Ga 5,22). » (Dom MARMION  in : l’Union à Dieu dans le Christ, p. 3-4).

Ainsi, le démon nous convainc de la fausseté des affirmations divines, le monde de leur caractère déraisonnable, mais la foi vive de leur vérité et de leur sagesse.

Revenons au carême. Temps de conversion. Le mot «conversion» fait peur à certains, par le relent de radicalité qu’il véhicule. Mais c’est ignorer la douceur d’appartenir un peu plus au Seigneur, qui est si bon. «  Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur » (Ps 33,9) pourrait être une autre forme d’appel à la conversion, sans rien retirer des efforts qu’elle nécessite. Mais comment goûter Dieu et les choses de Dieu, quand on a la bouche, l’esprit et le cœur pleins des choses de la terre ?

Et là encore, que de méprises sur les efforts à fournir. On s’imagine parfois qu’il faut être un héros, que Dieu viendrait ensuite récompenser en lui accordant sa grâce. Si, ordinairement, Dieu ne fait rien sans nous, dans l’œuvre de notre conversion, d’un autre côté, il faut comprendre que ce n’est jamais à la force du poignet que nous pouvons progresser authentiquement et durablement. Il ne s’agit pas tant de faire, d’acquérir, d’accumuler, que de se renoncer, se dépouiller  du vieil homme. La petite voie de l’enfance spirituelle, mise si merveilleusement en lumière par Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, reste un phare pour nous tous, quels que soient nos attraits vers telle ou telle spiritualité particulière (franciscaine, bénédictine, ignacienne, dominicaine, salésienne… pour citer les plus grands courants). A une de ses novices qui se plaignait en lui disant : « Oh quand je pense à tout ce que j’ai à acquérir ! », elle répondait : « Dites plutôt à perdre ! C’est Jésus qui remplira votre âme de splendeurs à mesure que vous la débarrasserez de ses imperfections » (Conseils et Souvenirs p ; 25-26). Pas de quiétisme, pas de volontarisme non plus !

En nous appelant à la conversion, Dieu ne veut pas nous mettre au pied d’un mur infranchissable, Il ne veut pas nous décourager, mais au contraire nous ouvrir une voie magnifique, exigeante certainement, difficile sans doute, surtout dans les débuts. Une vie à sa mesure, ou plutôt à sa démesure : une vie divine, une joie infinie.

En disant cela, j’ai bien conscience que l’on ne fait ici-bas que s’en approcher avec plus ou moins de succès, et notre ascension n’est pas toujours sans rechutes plus ou moins vertigineuses. Mais la réalité est là qui nous dépasse et nous saisit, comme Saint Paul en témoigne : « Ce n'est pas que j'aie déjà saisi le prix, ou que j'aie déjà atteint la perfection; mais je poursuis ma course pour tâcher de le saisir, puisque j'ai été saisi moi-même par le Christ. Pour moi, frères, je ne pense pas l'avoir saisi, mais je ne fais qu'une chose: oubliant ce qui est derrière moi, et me portant de tout moi-même vers ce qui est en avant, je cours droit au but, pour remporter le prix auquel Dieu m'a appelé d'en haut en Jésus-Christ. » (Philipiens 3, 12-14). « J’ai été saisi moi-même par le Christ » .

Se convertir, travailler à sa conversion, chaque jour, c’est accepter d’avoir été saisi par le Christ. C’est ne pas chercher à fuir, à se dégager de ce doux lien d’amour qui nous presse (cf 2 Co 5,14). C’est au contraire collaborer, avec nos pauvres moyens que Dieu connaît, à cette œuvre qui est la sienne, avant d’être la nôtre. Ce n’est pas Dieu qui nous aide, mais l’inverse : nous collaborons, comme des serviteurs inutiles, dont Dieu a voulu avoir besoin. Voilà notre part !

La belle devise du Maréchal de LATTRE de TASSIGNY : « Ne pas subir ! »  pourrait nous servir aussi de devise  dans notre vie spirituelle. Cela se cultive dans les petites choses. Cultivons le goût de l’effort, le souci des choses bien faites, luttons contre la négligence qui peut nous envahir dans bien des domaines.

Efforts dans la prière : prière du matin, prière du soir, chapelet, participation à la messe, … Ouvrons notre missel, profitons de la liturgie qui nous offre, pendant le carême, chaque jour des lectures différentes.

Efforts dans la pénitence, selon notre état et nos moyens. N’oublions pas que le Seigneur en a donné l’exemple, et que la Tradition de l’Eglise a toujours tenu le jeûne et l’abstinence en honneur, imitant en cela l’exemple du peuple Hébreux. Si la discipline ecclésiastique s’est relâchée, il ne faut pas en conclure que les pénitences corporelles (notamment la mortification des sens) soit dépassée et devenue facultative. Et certaines pénitences, simples et discrètes, sont très efficaces et sans danger pour notre santé. Mais ne limitons pas nos efforts de pénitence à la nourriture : discipline plus grande vis-à-vis de la télévision, de l’ordinateur, des loisirs (cinéma, sorties…) pour une meilleure utilisation du temps que Dieu nous donne. Que de temps perdu parfois, simplement en « zapping », « chat », forum de discussion, « surf sur le web» ou je ne sais quoi dont on ne retire aucun profit. Nous méritons mieux que cela !

Profitons du temps gagné et de notre liberté retrouvée pour porter davantage attention à ceux qui sont auprès de nous (conjoint, enfants, proches…) qui ont besoin que nous les écoutions, que nous les comprenions, que nous les soutenions, autrement qu’en courant, entre deux portes. Cela ne supprime pas toutes les difficultés de nos relations humaines, mais, ne pas le faire, c’est le meilleur moyen de créer des difficultés qui n’auraient pas lieu d’être. Perdre du temps en famille, pour tisser, entretenir, ou renouer des liens de charité, ce n’est jamais perdre du temps, mais c’est le racheter.

Enfin, effort dans l’aumône, là encore selon notre état et nos moyens : être économe (résister à la « fièvre acheteuse »), et mettre de côté pour les pauvres (il y en a encore près de nous, mais nous pouvons, bien sûr, aider aussi les plus lointains.).

Quand prendrons-nous Dieu, son Amour, son Sang, versé pour nous, vraiment au sérieux ? Puisse ce nouveau carême ne pas nous trouver aussi indolent que les précédents, si tel était le cas ! Puisse-t-il ne pas nous laisser sans désir de monter un peu vers ce Dieu caché qui veut se révéler à nous ! Puissent nos désirs se transformer en vraies résolutions, petites, humbles, mais sérieuses par l’amour que nous y mettrons, le renoncement qu’elle nous demanderont, et la persévérance sans laquelle aucune résolution ne compte.

 

Abbé Hugues de Montjoye, recteur


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