Vie et actualité de la Paroisse Saint-Georges de Lyon (69005)
Un jeune homme de dix-huit ans arrivait à Paris. Il n’était point incrédule, mais son âme déjà était plus ou moins atteinte de ce que le P. Gratry appelait la crise de la foi. Un jour, ce jeune homme entre dans l’église de Saint-Etienne du Mont ; il aperçoit, agenouillé dans un coin, près du sanctuaire, un vieillard qui, pieusement, récitait son chapelet. Il s’approche et reconnaît Ampère, son idéal, Ampère qui était pour lui la science et le génie vivants. Cette vision l’émeut jusqu’au fond de l’âme ; il s’agenouille sans bruit derrière le maître, la prière et les larmes jaillissent de son cœur. C’était la pleine victoire de la foi et de l’amour de Dieu, et Ozanam, car c’était lui, se plaisait à redire ensuite : Le chapelet d’Ampère a plus fait sur moi que tous les livres et même que tous les sermons.
Ampère accepta Ozanam pour son commensal, et le grand mathématicien aimait à s’entretenir avec son jeune ami : Leurs entretiens, dit le P. Lacordaire, amenaient dans l’âme du savant, à propos des merveilles de la nature, des élans d’admiration pour leur auteur. Quelquefois, mettant sa tête entre ses mains, le vieillard s’écriait comme tout transporté : « Que Dieu est grand, Ozanam, que Dieu est grand ! »
Ozanam ne fut pas le seul à ressentir la bienfaisante influence du grand savant. La simplicité et la droiture de sa foi exerçaient une impression salutaire sur tous ceux qui l’approchaient, particulièrement sur les jeunes gens vers lesquels son cœur, demeuré jeune, se sentait incliné.
(A. Larthe-Ménager, André-Marie Ampère (1775-1836), in Les contemporains, 3e année, n° 81, 29 avril 1894, pp. 1-2)