Vie et actualité de la Paroisse Saint-Georges de Lyon (69005)
Ce mot a brillé comme un éclair dans un récent discours de Benoît XVI au synode des évêques du Moyen-Orient, c’est-à-dire justement la région où sont nés le Dieu unique fait homme, Jésus, et les monothéismes - juif et musulman - les plus puissants de l’histoire.
"Credo in unum Deum", c’est le puissant accord qui est à l’origine de la doctrine chrétienne. Mais pour Joseph Ratzinger, pape théologien, le polythéisme est tout sauf mort. C’est le défi perpétuel qui se dresse encore aujourd’hui contre les croyances en un Dieu unique.
"Pensons aux grandes puissances de l’histoire d’aujourd’hui", a ensuite déclaré le pape au synode. Les capitaux anonymes, la violence terroriste, la drogue, la tyrannie de l'opinion publique, sont les divinités modernes qui réduisent l’homme en esclavage. Elles doivent tomber. Il faut les faire tomber. La chute des dieux est l'impératif d’hier, d’aujourd’hui, de toujours, pour ceux qui croient en l'unique Dieu véritable.
Mais le polythéisme d’aujourd’hui n’est pas seulement constitué de puissances obscures. Ses nombreux dieux ont aussi un visage bienveillant et une capacité de séduction. C’est le triomphe du libre arbitre individuel, libéré du joug d’une table de la loi unique pour tous parce qu’elle est écrite par un seul Dieu intraitable.
L’admiration pour le "Génie du christianisme" qui avait enflammé Chateaubriand et les romantiques cède aujourd’hui le pas à une redécouverte enthousiaste du "Génie du paganisme".
Certes, l'actuel renouveau du polythéisme ne remet pas à la mode les cultes de Jupiter et de Junon, de Vénus et de Mars. Mais la philosophie des païens cultivés de l’empire romain réapparaît intacte dans les raisonnements de très nombreux adeptes. Lorsque l’on relit, seize siècles plus tard, le débat entre le monothéiste Ambroise, saint patron de Milan, et le polythéiste Symmaque, sénateur de la Rome païenne, on est fortement tenté de donner raison au second lorsqu’il dit : "Qu’importe par quel chemin chacun recherche, en fonction de son propre jugement, la vérité ? Il n’y a pas qu’une seule voie qui permette d’atteindre un si grand mystère". L'idée courante est que les diverses religions sont toutes, à leur manière, l’expression d’un "divin". Et pourtant, comme le païen Symmaque l’expliquait déjà à Ambroise, cette divinité suprême est inconnaissable et lointaine, trop lointaine pour passionner les hommes et pour prendre soin d’eux.
Dans un autre dialogue, très raffiné, écrit par Minucius Felix, auteur latin du IIIe siècle, le païen Cecilius, se promenant au bord de la mer à Ostie après avoir rendu hommage à une statue de Sérapis, explique que "dans les choses humaines tout est douteux, incertain, indécis" mais que c’est justement pour cette raison qu’il est bon d’adopter la religion des anciens et d’adorer "ces dieux que nos pères nous ont appris à craindre, plutôt qu’à connaître de trop près".
Dans une homélie prononcée place Saint-Pierre le 11 juin dernier, Benoît XVI a dit qu’"étrangement, cette idée est réapparue avec les Lumières". En effet un champion du siècle des Lumières comme le mécréant Voltaire ordonnait à ses proches et à ses domestiques de respecter le christianisme et ses préceptes, pour des raisons de savoir-vivre civique. Dieu existe, peut-être. Et peut-être est-ce lui qui a créé le monde. Mais ensuite il s’en est tellement désintéressé qu’il a disparu de l'horizon de la vie. Sa bonté consiste uniquement à ne créer aucune gêne.
Et ainsi, sous le ciel de cette divinité vague et lointaine, la terre s’est peuplée de nouveaux dieux. D’aspect laïc et pragmatique.
Le 13 septembre dernier, recevant Walter Jürgen Schmid, le nouvel ambassadeur d’Allemagne près le Saint-Siège, Benoît XVI a cessé de lire le texte qu’il avait sous les yeux et il a continué en disant ceci : "Aujourd’hui beaucoup de gens montrent aussi pour eux-mêmes un penchant pour des conceptions religieuses plus permissives. À la place du Dieu personnel du christianisme, qui se révèle dans la Bible, apparaît un être suprême, mystérieux et indéterminé, n’ayant qu’une vague relation avec la vie personnelle de l’être humain. Mais si on abandonne la foi en un Dieu personnel, ce qui apparaît en alternative c’est un 'dieu' qui ne connaît pas, n’entend pas et ne parle pas. Et qui, plus que jamais, est dépourvu de volonté. Si Dieu n’a pas de volonté propre, on finit par ne plus distinguer le bien du mal. L’homme perd ainsi sa force morale et spirituelle, nécessaire pour un développement complet de la personne. L’action sociale est de plus en plus dominée par l’intérêt privé ou par le calcul du pouvoir".
Ces propos aident à mieux comprendre pourquoi aujourd’hui "la priorité suprême et fondamentale", pour le pape Benoît XVI, est de redonner à une humanité désorientée l'accès à Dieu.
Et "pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout, en Jésus-Christ crucifié et ressuscité".